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Edito

Questions aux présidentialisables (élections politiques françaises) et autres responsables politiques

Mis à jour : 4 Mar 2017

"Monsieur le candidat, Madame la candidate,
Les questions linguistiques sont rarement mises en exergue dans les programmes politiques. Elles ne sont pourtant pas anodines et traversent l'ensemble des politiques poursuivies dans tous les domaines et ne sont nullement cantonnées aux politiques culturelles et à la diplomatie.
Nous souhaitons vous poser quelques questions que nous considérons actuellement stratégiques et que nous reprenons dans le questionnaire ci-joint. Vos réponses seront publiées sur le site Internet de l'Observatoire européen du plurilinguisme, et sur les réseaux sociaux liés."


1. Éducation : diversification des enseignements linguistiques

Malgré une action chaotique en ce qui concerne les classes appelées classes bilangues, la ministre de l’éducation a engagé une politique de diversification des enseignements de langues en ouvrant à la rentrée 2016 un nombre conséquent de classes élémentaires où l’on enseigne une langue autre que l’anglais. Ces classes sont en continuité avec les enseignements de langues en collège où des classes bilangues ont été maintenues ou créées. Dans ces classes les élèves pourront donc poursuivre la langue qu’ils auront commencé à apprendre en élémentaire et commencer l’anglais avec des horaires renforcés. Nous appuyons cette politique et nous estimons non seulement que l’effort doit être poursuivi mais accentué à l'école et au collège par l'ouverture ou la réouverture de classes bilangues.
Nous voulons savoir ce que vous feriez en ce qui concerne l’enseignement des langues.


2. Enseignement supérieur et recherche

Internationalisation et non américanisation
Sous la pression de certains milieux économiques et universitaires, les grandes écoles et les universités se sont engagées depuis quelques années dans un politique de développement de formations, essentiellement de niveau master, mais aussi licence et doctorat, dispensées uniquement en anglais et sans aucune exigence en français tant à l’entrée qu’à la sortie.
La loi sur l’enseignement supérieur et la recherche du 22 juillet 2013 a encadré ces pratiques en exigeant que les enseignements en anglais ne dépassent pas 50 % du total sur la durée d’un cursus et que des cours de français soient dispensés aux étudiants. Actuellement il existe près de 1300 formations en anglais dont plus de 950 exclusivement et 315 partiellement.
L’absence d’exigence de connaissances en français interdit toute intégration des étudiants étrangers non francophones, et les dessert au plan universitaire dans la mesure où leur présence en France n’est pas utilisée pour acquérir une compétence en langue supplémentaire. Cela ne sert en rien l’intérêt national car lesdits étudiants ne seront pas employables dans des entreprises françaises, ni à l’intérieur ni à l’étranger et ces étudiants ne seront pas de bon ambassadeur de la France sur les marchés extérieurs.
Il est tout à fait abusif de considérer des formations uniquement en anglais comme des formations internationales. Ces formations devraient au moins comprendre le français et l’anglais. De vraies formations internationales seraient à nos yeux beaucoup plus attractives pour la France que des formations uniquement en anglais.
Que feriez-vous dans ce domaine ?


3. Les langues dans l’expression des responsables politiques

Un responsable politique est amené naturellement à prendre la parole à l’étranger dans des contextes variés. Le choix de la langue d’expression est une question importante dans la mesure où ce choix est fortement chargé de symbole et est susceptible d’être commenté par la presse internationale.
Pour faire simple, le responsable politique a quatre solutions : sa langue nationale, la langue du pays hôte, une langue tierce (on a compris qu’il s’agit de l’anglais et non du chinois), enfin un mixte de deux ou trois de ces solutions.
Nous aimerions connaître vos réflexions sur ce sujet, attendu qu’il s’agit d’une circonstance dans laquelle tout responsable politique est susceptible de se trouver.


4. Plurilinguisme dans la communication pour les JO de 2024

La cérémonie organisée pour le dépôt de la candidature de Paris pour les JO de 2024 a dévoilé un slogan en anglais « Made for sharing » et peu de journaux ont signalé que le slogan existait aussi en français « Venez partager », et quand ils l’ont fait, ils l’ont présenté comme une déclinaison de la version anglaise.
C’était ignorer que selon la Charte olympique, les langues officielles des JO sont le français et l'anglais et qu'en cas de divergence entre le texte français et le texte anglais de la Charte olympique et de tout autre document du CIO, le texte français fait foi sauf disposition expresse écrite contraire. Donc le slogan français "Venez partager" est aussi officiel que la version anglaise.
Ce petit épisode révèle la soumission intellectuelle de nos responsables politiques et médiatiques à l’anglais, mais il pose surtout un problème fondamental de communication.
Combien de fois entendons-nous que pour être compris du monde il faut parler en anglais ?
Le coprésident de Paris-2024, Tony Estanguet, est allé jusqu’à déclarer sur les ondes que "Les patrons de la candidature ont choisi un slogan en anglais afin de « donner un caractère universel au projet français »".
Or, en s'exprimant en anglais, on s'adresse non pas au monde, mais à une partie du monde, quand il ne s'agit pas d'un certain monde. Si l'on veut un message universel, il faut choisir les langues officielles de l'ONU (anglais, français, espagnol, russe, arabe, chinois) ou les langues dans lesquelles la Charte olympique prévoit qu'une interprétation doit être systématiquement fournie, soit le français, l'anglais, l'allemand, l'espagnol, le russe et l'arabe. Ce serait la moindre des choses.
Rappelons que les messages de la RATP dans le métro de Paris sont le plus souvent en six langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien, chinois) et que le site de l'Office de tourisme de Paris est en onze langues. Ce n'est pas seulement par respect pour les étrangers hôtes dans la capitale de la France, mais par utilité pure, "pour mieux se faire comprendre".
Si la candidature de Paris est sélectionnée, ce que nous souhaitons ardemment, le monde entier aura le regard braqué sur la France et la manière dont nous communiquerons n’est une question secondaire.
Nous souhaiterions avoir votre position sur ce sujet.


5. Institutions européennes

Pour un rééquilibrage entre les langues officielles
Le Brexit a suscité une question inattendue de politique linguistique européenne. L’application du règlement N° 1 de 1958, qui, adopté à l’unanimité des États membres, a valeur de constitution linguistique de l’Europe, aura comme conséquence que l’anglais cessera d’être une langue officielle, car les langues déclarées par l’Irlande et Malte sont respectivement le gaélique et le maltais, ces pays ayant également l’anglais comme langue officielle dans leur ordre interne. Bien sûr, l’anglais continuera d’être largement utilisé dans certains domaines, mais le Brexit ne laissera pas d’avoir d’importantes conséquences au plan linguistique tant dans la communication politique que dans les modalités de travail interne des institutions. Toutefois, certains militeront pour modifier le règlement 58-1 afin de faire adopter l’anglais comme langue officielle, ce qui serait déjà un privilège reconnu à cette langue, voire pour l’imposer comme langue officielle et de travail unique.
Une telle modification nécessiterait l’accord unanime des États membres et aurait une portée politique considérable sur la conception de l’Europe qui ne saurait vous échapper.
Quelle est votre position sur le sujet ?


6. La présence culturelle de la France à l’extérieur comme moyen d’influence

La fermeture de plusieurs instituts français (Lisbonne, Amsterdam, Stockholm, etc. entre autres) au cours des dernières années relèvent d'une logique budgétaire et patrimoniale imposée par Bercy. En même temps, l'Alliance française a ouvert plusieurs centres en Chine. Le problème est vaste. Ça touche différents types d'établissements (instituts, succursales des instituts, Alliance française, mais également les programmes du français dans les universités, départements du français dans les facs, universités francophones, etc.). Y-a-t-il une politique cohérente et coordonnée de soutien à l'enseignement du français à l'étranger? Qui en a la charge? La francophonie exige une coordination entre plusieurs institutions, Ministère des Affaires étrangères, Ministère de l’Éducation, Ministère de Culture, Ministère de l’économie, Commerce etc. On pourrait presque prévoir un Ministère chargé de ou au moins un secrétariat d'état. Peut-on faire mieux avec moins et était-il nécessaire de renoncer à des points de rayonnement de la culture française dans le monde ? La France ne semble pas avoir de stratégie dans ce domaine. Quelles sont vos propositions ?
Nous souhaiterions connaître votre position sur ce sujet.

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