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Sur Fabula.org : Traduire pour ne pas comparer (T. Samoyault)


Zuletzt aktualisiert: 7 Feb 2010
Homi K. Bhabha, Les Lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, Paris : Payot, 2007, 411 p., EAN 9782228901833 ; Homi K. Bhabha (dir.), Nation and Narration, Routledge, 1990, 352 p., EAN 9780415014830.

Cet article a d’abord paru dans la Revue internationale des livres et des idées (n°14, novembre-décembre 2009). Il est reproduit sur le site Fabula.org avec l'autorisation de l'auteur dans le cadre du partenariat entre les deux revues.

En mars 2007, quatorze ans après sa publication en langue anglaise sous le titre The Location of culture, paraissait aux éditions Payot la traduction française des Lieux de la culture de Homi K. Bhabha, l’un des théoriciens les plus influents des études postcoloniales. Actuellement professeur de littérature anglaise et américaine à Harvard, Homi K. Bhabha dirige le Humanities Center ; il est depuis 2005 « Senior adviser » du Radcliffe Institute for Advanced Studies.

Les Lieux de la culture développe une réflexion sur l’altérité qui déplace la référence identitaire du sujet porteur de droits politiques, économiques, culturels,vers une dimension expérimentale dans laquelle s’élaborent ce que Homi K. Bhabha nomme « stratégies du soi ». L’identité y devient un phénomène susceptible d’hybridations multiples et créatrices, qui se transportent en des lieux provisoires et fragiles, « interstitiels ». Cette « théorie postcoloniale », selon le sous-titre retenu par l’éditeur français, offre ainsi une relecture du concept de cosmopolitisme plus soucieuse des marges institutionnelles et des « positionnements » des minorités que d’une citoyenneté assurée de droits universels.

Par ce qu’il appelle « cosmopolitisme vernaculaire », Homi Bhabha n’entend pas toutefois défigurer les représentations concurrentes d’appartenance communautaire, mais repérer les espaces de circulation par où la subjectivation politique initie des transformations historiques, et métamorphose les processus traditionnels de transmission culturelle. Se trouve ainsi forgée une pensée du politique comme articulation sans cesse réinventée de « lieux » identitaires, et une philosophie de la « culture » elle-même conditionnée par le jeu instauré entre savoirs et pouvoirs, entre discours et luttes.

Le 28 mai dernier, Homi K. Bhabha recevait à Saint-Denis le doctorat honoris causa  de l’Université Paris 8, une cérémonie inscrite parmi les manifestations célébrant le quarantième anniversaire de la création du « Centre expérimental de Vincennes. Les travaux d'Homi Bhabha nourrissent en effet un dialogue critique entre les différents courants de la pensée postmoderne où se croisent de grandes figures de Vincennes : Hélène Cixous, Gilles Deleuze et Michel Foucault notamment.

Une table-ronde a réuni ce jour-là, autour d’Homi K. Bhabha, J. Rancière, Stéphane Douailler, Tiphaine Samoyault et Marie Cuillerai pour débattre des enjeux politiques et méthodologiques des théories postcoloniales.

Ce sont deux des textes prononcés à cette occasion qui sont donnés à lire ici : Marie Cuillerai et Tiphaine Samoyault cherchent à dire l’actualité de la pensée du théoricien américain, et d’éclairer aussi la singularité d’une pensée interdisciplinaire qui convoque tout à la fois la littérature mondiale, la philosophie, la psychanalyse et l’histoire pour inviter à repenser les questions d’identité et d’appartenance nationales.

Marc Escola

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