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Anne Bourse , "Quand le traducteur se rebiffe", Acta Fabula


Zuletzt aktualisiert: 5 Dez 2010

 Dossier critique : "Confins, fiction et infinitude dans la traduction"

URL : http://www.fabula.org/revue/document6025.php 

Source : Fabula.org

Claro, Le Clavier cannibale, Paris : Inculte, coll. « Temps réel », 2009, 336 p., EAN 9782916940151 & Brice Matthieussent, Vengeance du traducteur, Paris : P.O.L, 2009, 320 p., EAN 9782846823340.

« On ne devrait jamais passer sous silence la question de la langue dans laquelle se pose la question de la langue et se traduit un discours de la traduction. »

Jacques Derrida, Des tours de Babel.

De la théorie de la traduction à la fiction de traducteur

« Il y a quelque chose de pourri au royaume de Traduktmark »1 : c’est sur ce virulent constat de décrépitude et de soupçon jeté sur l’activité traductrice que reposent deux ouvrages parus à quelques mois d’intervalles, Le Clavier cannibale et Vengeance du traducteur, écrits par deux traducteurs et éditeurs français parmi les plus renommés de la littérature anglo-saxonne contemporaine2. En dépit de leur commune reconnaissance institutionnelle et publique, la révolte gronde. Si la question de se faire un nom ne se pose plus vraiment pour Claro et Brice Matthieussent, ils entendent néanmoins « donner de la voix » et amener à la lumière un certain nombre de problèmes liés à la légitimité de la traduction, à la complexité de sa définition, à ses contingences économiques et éditoriales, à l’étrangeté irréductible dont elle dote une langue nationale en même temps qu’à la patrimonialisation littéraire qu’elle institue :

La traduction change un texte étranger en texte familier. Le livre traduit fait alors partie de notre tradition de lecture. On lit Madame Bovary un jour, et le lendemain Moby Dick, tous les deux en français, et ces expériences de lectures se stratifient et fermentent, demeurant égales en intensité, réussissant le vrai pari qui est de faire passer la littérature, coûte que coûte, en force.3