Colloque l'Etrangeté des langues (St-Etienne, 13-15 janv.)


Zuletzt aktualisiert: 13 Jan 2010
De l'étrangeté des langues dans la fiction littéraire ou cinématographique : interlangue, hétérolinguisme, plurilinguisme, diglossie, métissage linguistique, soraisme, macaronique, argot, pidgin, petit nègre, créole, shibboleth, novlangue, nasdat, conlang, langue imaginaire, quenya, sindarin, volapük, bolak, linguistique-fiction...

Il s'agit d'examiner des œuvres (littéraires mais aussi cinématographiques), dans lesquelles l'étrangeté est fondée sur des phénomènes ou des comportements spécifiquement linguistiques. Les manifestations étant fort nombreuses, nous retiendrons essentiellement les champs d'investigations suivants :

1/ Confrontation des langues

La langue étrangère peut être mise en confrontation avec la langue première du texte. On crée ainsi des œuvres bilingues ou plurilingues en insérant l'étrange au cœur même du texte, par voie de citation ou, plus souvent, en mettant en scène des confrontations proprement linguistiques. Cela arrive surtout dans des œuvres où le rapport avec des étrangers ou des pays étrangers est fondamental. Dans le registre postcolonial, on peut penser à tous les phénomènes de métissage des langues européennes, à commencer par le créole. Les langues entrent également en contact chez les écrivains vivant entre deux langues (S. Beckett, H. Bianciotti, Yôko Tawada...) et cette confrontation intérieure revêt une valeur identitaire. Le rapport à la langue étrangère - acclimatée au point d'être familière - induit des effets d'inquiétante étrangeté car il renvoie à l'intimité la plus profonde, notamment celle de la langue maternelle.

 

2/ Inventions linguistiques et langues inventées

La langue première peut également être rendue étrange, par l'incorporation de néologismes, lesquels sont parfois érigés en principe poétique. Le paradigme est ici certainement constitué par les mots porte-manteaux du Jabberwocky de Lewis Carroll, qui mène en droite ligne au Finnegans Wake (James Joyce). L'invention linguistique peut encore revêtir d'autres formes : ainsi la poésie dite « macaronique », l'intégration de l'argot chez Eugène-François Vidocq et Eugène Sue, le néo-français de Raymond Queneau, le novlangue (newspeak) de George Orwell (1984) ou le nasdat d'Antony Burgess (A Clockwork Orange). Manifestation radicale de l'étrangeté, certaines langues sont de pures inventions à l'instar des « conlangs » (de l'anglais, constructed language), qu'il s'agisse des uglossies des XVIIe-XVIIIe siècles ou des langues imaginées par John Ronald Reuel Tolkien dans le cadre de ses récits fantastiques. On peut également songer aux langues imaginaires, qui entretiennent, de près ou de loin, des rapports avec les théories linguistiques, aux ouvrages de « linguistique-fiction » tels The Languages of Pao de Jack Vance ou The Dumb House de John Burnside.

3/ Réception, traduction, apprentissage de la langue

La confrontation à l'étrangeté d'une langue est également constitutive du processus d'apprentissage, que ce soit de la langue maternelle ou d'une langue seconde. Sans négliger la dimension didactique, on s'intéressera aux scènes d'apprentissage linguistique au sens large, c'est-à-dire incluant entre autres par exemple les efforts de traduction, d'interprétation d'un personnage, ou son échec à comprendre.