Logo de l'OEP
Logo de l'OEP

L'Europe et ses langues (J. L. Calvet)


Zuletzt aktualisiert: 16 Okt 2006
L'Europe et ses langues, Louis-Jean Calvet, Plon, Paris, 1993, 234 p.

Douze pays, neuf langues officielles, une trentaine de langues régionales, près de deux cents langues de migrants, l'Europe linguis­tique est une mosaïque de parlers. Huit mille réunions par an, six cents interprètes, quatre cents traducteurs, le plurilinguisme coûte cher à la Communauté.

La construction européenne conduit-elle à une unification lin­guistique ? Et dans ce cas, au bénéfice de quelle langue ? Autrement dit, l'Europe a-t-elle, peut-elle avoir une politique linguistique comme elle a une politique agricole ? Il n'existe aucun exemple de politique linguistique commune à un ensemble de pays. C'est que la langue touche au plus près à l'identité nationale. Chaque pays, en Europe comme ailleurs, cherche à défendre sa langue, voire à la répandre hors de ses frontières.

Rien ne laisse penser que le monde aille vers une uniformisation culturelle, à base d'anglais et de Coca-Cola. En revanche, il existe des espaces véhiculaires, des territoires supranationaux, qui organisent leur communication autour d'une seconde langue utilisée par des groupes qui n'ont pas la même première langue. L'Europe est-elle en voie de constituer un tel espace ? Rien n'est moins sûr. Mais son avenir linguistique est un problème à la fois réel et fictif ; réel en ce sens qu'il faudra bien organiser la communication européenne sur une base ou sur une autre, fictif car les inconscients se déploient ici largement, que l'on redoute ou que l'on appelle de ses vœux une Europe unifiée par l'anglais ou par l'espéranto, ou qu'à l'inverse on souhaite ou l'on craigne une Europe dans laquelle les «petites langues» trouveraient une nouvelle énergie.

Louis-Jean Calvet, professeur de sociolinguistique à l'université René Descartes (Sorbonne), est spécialiste des problèmes de plurilin­guisme et de planification linguistique. Il est notamment l'auteur de Linguistique et colonialisme (1974), La guerre des langues et les politiques linguistiques (1987), Roland Barthes (1990).