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Les conclusions

Assises européennes du plurilinguisme : Conclusions pour l'éducation

Last Updated: 3 Nov 2012

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Conclusions du Thème 1 (éducation)

L'impératif plurilingue dans l'éducation,
du plus jeune âge à l'enseignement supérieur

Jean-Claude Beacco

Le thème 1 « L'impératif plurilingue dans l'éducation : du plus jeune âge à l'enseignement supérieur » a donné matière à sept tables-rondes, soit une quarantaine d'interventions. C'est assez dire que l'éducation plurilingue est bien assise dans les réflexions et les pratiques didactiques. C'est d'ailleurs un projet né en didactique des langues qui cherche à essaimer ailleurs dans la société civile.

 

Le terme plurilinguisme a, comme attendu, donné lieu à plusieurs interprétations et commentaires. Un premier axe de réflexion a concerné la diversité des langues proposées par les systèmes éducatifs, qui peut être accrue par des aménagements curriculaires tels que ceux proposés dans le Cadre européen commun de référence... (chap. 8) ou dans le Guide pour l'élaboration des politiques linguistiques éducatives en Europe ( partie III) et qui relèvent de l'ingénierie des formations en langues. On a noté des formes d'amélioration de l'offre en langues des systèmes éducatifs, mais on a aussi relevé que cette offre plus large n'entraîne pas une diversification de la demande sociale. Celle-ci demeure polarisée par l'anglais et ignore les données objectives qui démontrent que English only (ou presque) ne suffit pas. D'ailleurs le développement de formations universitaires données entièrement en anglais tend à se développer, posant des problèmes pratiques et d'équité sociale, dont la gravité est volontiers sous-estimée par ses promoteurs.

La thématique la plus représentée a concerné la compétence plurilingue comme capacité de tous à apprendre des langues tout au long de la vie et non seulement dès le plus jeune âge. La valorisation et le développement des répertoires de langues individuels (où les langues ne sont pas en concurrence mais agencées dans des configurations complexes) peut s'effectuer à l'aide d'instruments et de démarches désormais bien établies et qui ont pratiquement toutes été présentes dans les interventions :  didactique des langues (ou pédagogie) intégrée, EMILE CLIL ou AILC, éducation bilingue, intercompréhension entre langues voisines/ parentes/proches, éveil aux langues, language awareness ou EOLE, approches interculturelles ... Ces stratégies utilisées sectoriellement avec succès ne sont pas encore articulées entre elles de manière à concourir à l'élaboration de programmes d'enseignement plurilingues, au sens où l'entend le Guide pour le développement et la mise en œuvre de curriculums pour une éducation plurilingue et interculturelle http://www.coe.int/t/dg4/linguistic/Source/Source2010_ForumGeneva/GuideEPI2010_FR.doc.

Les échanges ont montré que les prochains chantiers étaient déjà ouverts : se fonder sur les pratiques « comparatistes » spontanées des enseignants, chercher à faire des enseignants d'anglais des porte-parole l'éducation plurilingue, favoriser les rapprochements entre enseignements langagiers à partir de rapprochements entre l'enseignement de la langue de scolarisation principale et les emplois spécifiques de celle-ci dans les disciplines (histoire, mathématiques, éducation artistique...), s'attaquer au curriculum comme le Plan d'études romand (http://www.plandetudes.ch/web/guest/l/cg/) qui instaure un domaine Langues unifié (langue de scolarisation, langues secondes, langues étrangères...)

En ces temps de montée des intolérances et des risques pour la cohésion sociale, les intervenants ont aussi souligné que les enseignements de langues avaient à s'impliquer dans l'éducation à la tolérance interculturelle et à la bienveillance linguistique, dans le développement de la curiosité pour l'altérité et à contribuer au développement de la personne (Bildung), rôle joué par les langues classiques dans l'humanisme européen de la période classique.

Les propositions des Assises sont les suivantes :

  • maintenir et développer les chantiers de recherche et d'action pluridisciplinaires en interaction avec le territoire et diffuser les résultats de façon capillaire;

  • militer pour une linguistique d'intervention qui ait un impact sur la qualité de la vie  et sur le développement socio-économique ;

  • décloisonner les disciplines et interpeller les enseignements de langues et de didactique des langues pour qu'elle propose davantage des chemins alternatifs efficaces pour la formation et pour la recherche ;

  • promouvoir une éducation plurilingue et interculturelle à tous les niveaux des systèmes d'enseignement, de la maternelle à l'enseignement supérieur;

  • diversifier l'offre d'enseignement linguistique dès l'école primaire et à faire en sorte que cette diversité de choix soit utilisée;

  • poursuivre l'objectif du Conseil européen de Barcelone de 2002 de deux langues étrangères obligatoires à la fin du second cycle du second degré dans leurs systèmes éducatifs ;

  • que l'Europe prenne des mesures permettant un retour aux publications scientifiques dans d'autres langues que l'anglais;

  • que les universités mettent en œuvre de véritables politiques linguistiques, qui ne devraient pas se limiter à consolider le niveau d'anglais des étudiants, mais être aussi la poursuite de l'apprentissage de la LV2 ou mieux celui d'une LV3 non apprise au lycée.