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Les conclusions

Assises européennes du plurilinguisme : Conclusions pour l'économie

Last Updated: 3 Nov 2012

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Conclusions du Thème 2 (Economie)
le plurilinguisme facteur de développement économique et de cohésion sociale

Enrica Galazzi

Ce thème mène droit au cœur du débat contemporain autour des langues. Il se développe selon trois axes correspondant à autant de tables rondes : les langues dans la vraie vie des entreprises ; le traitement des langues comme dimension du management ; et les aspects socio-économiques du milieu de travail interculturel.

 

L'adoption d'une langue internationale unique est souvent présentée de manière irénique comme un raccourci entre les cultures et un gain de temps, et donc d'argent. Face à cet engouement aveugle, les entreprises et les institutions font souvent preuve d'un grand réalisme, ainsi que le montrent clairement les témoignages de grandes entreprises telles que l'Oréal et ATR, qui ont mis en place, non sans mal bien souvent, de fructueuses politiques plurilingues qui leur ont permis de capitaliser sur les nombreuses compétences de leurs collaborateurs. Miser sur le plurilinguisme et l'acceptation de la diversité culturelle semble donc rentable.

Des chercheurs de disciplines telles que les sciences économiques et sociales, les sciences du langage ou l'anthropologie ont croisé leurs voix et leurs perspectives d'approche des langues en milieu professionnel. Certains ont étudié de près l' « économie des langues », et ils ont notamment montré, chiffres à la main, les avantages du plurilinguisme autant pour les entreprises que pour les travailleurs. Dans les périodes de crise, qui provoquent souvent des réorganisations internes dans l'entreprise, il semble que le plurilinguisme permette aux entreprises de conserver leurs collaborateurs sur d'autres postes au lieu de devoir s'en défaire, ce qui constitue certainement, pour les collaborateurs de l'entreprise, une bonne assurance contre le chômage.

Le traitement des langues est devenu une dimension du management, ont affirmé certains chercheurs, qui ont notamment utilisé les termes de « management ethnique » et de « management de la diversité ». Les équipes de travail sont de plus en plus multiculturelles et multilingues, et ce fait est devenu une dimension incontournable de l'entreprise, ce qui pose un défi crucial aux responsables des ressources humaines. Des initiatives provenant des universités, grandes écoles et autres institution de formation, prouvent que le monde éducatif est conscient des défis que le plurilinguisme lance aux formateurs. La question des besoins linguistiques spécialisés, notamment en matière de traduction et de terminologie, a également été abordée. Dans le champ de la formation linguistique professionnelle, un des intervenants appelle à l'abandon d'une vision réductrice et simpliste d'une langue unique comme instrument de la communication pour repenser l'offre linguistique des écoles de commerce et de management en s'appuyant sur l'internationalisation des campus, le décloisonnement, l'indispensable évolution de la pédagogie linguistique, ainsi que la participation active d'enseignants-chercheurs-linguistes.

Une des tables rondes a donné la parole aux linguistes de différents pays (Canada, Roumanie, Allemagne, Italie) engagés dans la pluridisciplinarité et le plurilinguisme. Si certains dénoncent les dérives de l'idéologie économique sur les langues, pour d'autres, la réalisation des objectifs économiques et financiers des entreprises est grandement facilitée par la gestion équitable des ressources humaines multilingues. C'est ce que montre  une enquête menée dans des milieux professionnels multiculturels en France, au Canada, en Israël et en Inde, d'où il ressort que si le plurilinguisme est ressenti comme le résultat d'un effort d'apprentissage considérable en Occident, il est tout à fait banal en Inde. L'hétérogénéité des équipes multiculturelles est analysée comme une source de créativité et de solutions innovantes (« la diversité féconde »). Les projets nationaux et européens ayant pour objet les différents aspects socio-économiques, éducatifs, politiques et symboliques du plurilinguisme sociétal et professionnels se sont multipliés aux cours de ces dernières années, mobilisant un nombre important de chercheurs de tous les pays d'Europe et d'ailleurs. Des projets tels que Language Rich Europe pour les entreprises, CELAN pour le rapport entre les compétences linguistiques et la compétitivité, ou DYLAN (dynamique des langues et gestion de la diversité dans l'entreprise), ne pouvaient être ignorés dans le contexte des Assises, car ils ont donné lieu à de multiples explorations qui ont produit une grande quantité de données empiriques stimulantes. Ces projets nous proposent de poser un regard nouveau sur nous même et sur les langues et les cultures de l'autre.

Les Assises insistent sur les recommandations suivantes :

  • la diversité linguistique et les compétences en langues sont et doivent être considérées comme une ressource pour la compétitivité et l'emploi et le traitement des langues comme une dimension incontournable du management des entreprises internationales ;

  • le principe du droit de travailler dans la langue du pays d'accueil doit s'appliquer à titre général et les besoins linguistiques adaptés aux nécessités stratégiques des entreprises.

  • Des actions doivent être entreprises dans chaque pays de manière à diffuser dans le tissu économique les résultats de la recherche et les bonnes pratiques en matière de traitement des langues par les voies des revues professionnelles, de la formation initiale et de la formation continue.