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Les conclusions

Assises européennes du plurilinguisme : Conclusions pour la politique

Last Updated: 3 Nov 2012

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Conclusions du Thème 3 (politique)

De l'impérialisme à l'altérité dans les relations internationales

Paul Ghils

Les sociétés européennes sont confrontées à deux phénomènes qui mettent en cause les bases de la citoyenneté, notion perçue de manière variable selon les sociétés, mais qui est néanmoins le socle de la démocratie. Plus récemment, un troisième phénomène pose une question inédite quant à la gestion du plurilinguisme et par conséquent à la pratique de la démocratie.

 

D'une part, l'intensification des mouvements migratoires pose à la fois la question de l'intégration, même temporaire, dans les pays d'accueil et la reconnaissance des identités plurielles comme valeur pour les personnes migrantes et pour les sociétés qui les accueillent. C'est un défi majeur que les sociétés européennes ont à relever, mais qui ne peut être relevé que si elles savent s'appuyer sur les ressources de l'histoire et sur de multiples exemples historiques. Les réponses apportées à cette question sont variées et marquent souvent une hésitation quant à la nature des diversités compatibles avec la démocratie et aux modèles d'interculturalité propres à l'UE. L'exemple des empires anciens, ou des Etats qui aujourd'hui en sont les héritiers, est pertinent à cet égard en ce que ceux-ci réalisent des formes de plurilinguisme effectif sans qu'aucune politique linguistique ait été officiellement appliquée. La comparaison avec la situation de l'Afrique, de même, montre qu'au-delà de l'arbitraire des frontières étatiques le plurilinguisme s'accommode volontiers de formes de plurilinguisme pragmatiques qui tiennent compte de l'évolution constante des sociétés.

D'autre part, l'intégration européenne restreint les souverainetés nationales qui restent le cadre privilégié d'expression de la citoyenneté, mais les complète d'une dimension nouvelle et originale de la citoyenneté qu'est la citoyenneté européenne née avec le traité de Maastricht en 1992. L'Union européenne a pour principe fondateur le plurilinguisme, exprimé dans le Règlement N°1 de 1958, qui admet des adaptations dans le fonctionnement des institutions. Mais les adaptations ne sauraient justifier des pratiques qui en sont parfois la négation pure et simple. Malgré de nombreux rappels solennels à travers des documents politiques tels que « Le nouveau cadre stratégique pour le multilinguisme » de 2005 ou « Le multilinguisme : un atout pour l'Europe et un engagement commun » de 2007, il y a loin des principes à la réalité. Si le fonctionnement du Parlement européen est exemplaire à cet égard, on ne saurait admettre que 9 directions générales sur 33 de la Commission européenne voient leur site Internet présenté en une seule langue, tandis que d'autres ont adopté les 23 langues officielles. Cette situation impose la mise en route d'une initiative citoyenne européenne, rendue possible depuis le 1er avril 2012 par le traité de Lisbonne de 2007 qui, outre l'octroi de la personnalité juridique à l'Union, prévoit cet exercice particulier de la démocratie participative en permettant à un million de citoyens de l'UE d'inviter la Commission à présenter une proposition législative de sa compétence.

Enfin, l'évolution plus récente des régimes politiques des Etats européens pose une question inédite auxquelles les institutions de l'UE n'offrent pas de réponse juridique aujourd'hui. Plusieurs régions européennes revendiquent en effet leur indépendance ou sont sur le point de le faire. Bien que ces revendications ne se soient pas encore traduites en démarches effectives, elles impliquent dans certains cas le paradoxe de l'extension du multilinguisme et de la réduction du plurilinguisme et plus généralement la relation contradictoire que révèle l'usage des langues entre l'identitaire, l'international et le transnational.

Si le dernier cas donnera lieu à divers référendums organisés par les instances politiques régionales, les deux premiers pourraient faire l'objet d'une initiative citoyenne européenne, qui doit être engagée afin d'opérer une mutation symbolique vers le plurilinguisme afin de sortir les institutions européennes d'une ambiguïté fondamentale qui altère son image et est un obstacle à l'émergence d'une citoyenneté authentique qui s'ajoute sans s'y substituer aux citoyennetés nationales.