Au Maroc, le français fait de la résistance (La Croix)


Last Updated: 31 Jul 2019
  • Marie Verdier,

LES PARLERS FRANÇAIS D’AILLEURS (5/5). Apanage de l’élite dirigeante, le français a régressé au Maroc au profit d’une politique d’arabisation depuis l’indépendance. Il devient une arme au service de la politique économique que mène le royaume sur le continent africain.

« Ce n’est pas notre destin que de continuer à utiliser le français. » En 2015, Abdelilah Benkirane, de l’islamiste Parti de la justice et du développement, chef du gouvernement marocain, escomptait bien ainsi mettre un coup de boutoir final au français et parachever la politique d’arabisation entamée à l’indépendance. « Blessure identitaire », martelait alors le puissant parti nationaliste Istiqlal qui rêvait de faire la peau au français.

Soixante ans après l’indépendance, le français fait toujours de la résistance, sur les panneaux, dans les kiosques à journaux, à l’université. Mais il est comme un convalescent oscillant entre rémission durable et rechute fatale.

Pour Mohamed Sghir ­Janjar, anthropologue, l’arabisation de la production littéraire et des ouvrages de sciences humaines et sociales illustre « les évolutions culturelles profondes » de la société marocaine. D’après son rapport, publié en début d’année par la Fondation du roi Abdul-Aziz, la part de l’arabe a grimpé de 58 à 82,5 % dans la production éditoriale en une trentaine d’années, ne laissant plus qu’un strapontin au français avec 14,5 %.

« Le débat sur le français reflète l’hypocrisie de la société, s’énerve le philosophe amazigh (berbère) Ahmed Assid. Tous les Marocains souhaitent que leurs enfants maîtrisent le français qui permet d’accéder au marché du travail mais tous mettent en avant la langue arabe, et tous parlent la darija [l’arabe dialectal marocain] ou le tamazight [langue berbère]. » Les deux langues du quotidien des Marocains, dépréciées, n’ont pas droit de cité à l’école (le tamazighttnt n’y fait une timide entrée depuis quelques années). « Pour ne pas prendre le risque de faire reculer la langue du Coran, la langue de Dieu », explique ­Ahmed Assid.

Le français, une langue sans tabous

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Cet article fait partie d'un dossier publié au cours de l'été 2017 et comportant de nombreux articles particulièrement bien documentés

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