L’U.E s’efforce d’instaurer une politique commune d’éducation


Última actualización: 26 Jun 2014

 

Ecrit par PETER TEFFERMARCH 16, 2014

 

BRUXELLES — Doris Pack est parfaitement capable de converser en anglais, mais elle ne surestime pas ses compétences pour autant.

« Nous parlons tous anglais, mais je pense que Shakespeare doit se retourner dans sa tombe s’il m’écoute », déclara Mme Pack, membre allemand du Parlement Européen depuis 1989,  lors d’une interview à Bruxelles.

Mme Pack, qui parle également allemand et français, incarne l’un des objectifs à long terme de

l’Union Européenne.

 

En 2002, les chefs de gouvernement des états membres ont demandé à ce qu’ « au moins deux langues étrangères soient enseignées dès le plus jeune âge », et en 2005, l’organe exécutif de l’UE, la Commission Européenne, a annoncé son projet à long terme qui consiste à « accroître le multilinguisme individuel jusqu’ à ce que chaque citoyen ait des compétences pratiques dans au moins deux langues en plus de sa langue maternelle ».

Avec l’adhésion de la Croatie en juillet, l’Union Européenne compte 28 états membres et 24 langues officielles.

« Apprendre une langue étrangère favorise la diversité, l’insertion sociale ainsi que le dialogue interculturel en Europe et au-delà de ses frontières », a écrit dans un courriel Dennis Abbott,  porte-parole  de la Commission Européenne pour l’enseignement, la culture, le plurilinguisme et la jeunesse. « Mais l’apprentissage des langues représente bien plus encore. Dans un monde globalisé, les langues constituent un atout crucial pour la mobilité et l’emploi, particulièrement chez les jeunes. »

Bien que l’objectif ait été formulé de façon répétée depuis une dizaine d’années dans différents documents officiels  de la Commission et du Parlement Européen, le processus en vue de ce concept multilingue souvent appelé « langue maternelle plus deux » semble ralentir.

« Malheureusement, les résultats de récentes enquêtes et études ont été décevants en ce qui concerne les compétences linguistiques, » a ajouté M. Abbott. Une enquête de 2011 menée chez les jeunes de 15 ans dans 14 pays européens a montré que seulement 42% se situaient à un niveau intitulé «  utilisateur indépendant », ce terme signifiant qu’ils en savent assez pour  tenir une conversation dans une langue étrangère.

M. Abbott a souligné le fait que si l’Union Européenne est un fervent défenseur du multilinguisme et de la diversité linguistique, elle n’a cependant aucune autorité sur le contenu de l’enseignement—ou sur la politique linguistique nationale ». Pourtant, de 2007 à 2013, la Commission a dépensé environ 50 millions d’euros, ou l’équivalent de 70 millions de dollars par an dans les projets d’apprentissage de la langue, a-t-il précisé.

Dès cette année, et jusqu’en 2020, l’apprentissage des langues est associé à d’autres programmes pour la jeunesse et l’éducation dans les financements attribués à « Erasmus+ » un programme plus vaste que son prédécesseur Erasmus, le système européen international d’échange d’étudiants. Le budget pour Erasmus+ est de presque 15 milliards d’euros, environ 40% de plus que celui des précédents programmes pour la jeunesse et l’enseignement réunis, déclara M. Abbott. Cependant, les langues ne bénéficient pas d’un budget particulier dans le nouveau programme.

Mme Pack, députée européenne de nationalité allemande, a déclaré qu’elle avait le sentiment que la commissaire responsable du plurilinguisme Androulla Vassiliou, n’a pas fait grand chose pour faire avancer le projet « langue maternelle plus deux », en partie parce que la commission n’avait aucun pouvoir sur les politiques des états membres et en partie parce que la politique linguistique a reculé dans  la liste des priorités.

Mme Vassiliou exerce de grandes responsabilités sur l’éducation, la culture, le plurilinguisme, la jeunesse et les sports. Son prédécesseur, Leonard Orban, dont le mandat pris fin en 2010, a eu une mission exclusivement axée sur le plurilinguisme.

Mme Vassiliou a tenu cinq discours sur le plurilinguisme durant son mandat, qui prendra fin cette année, alors que M. Orban est intervenu sur le sujet 117 fois, selon le site de la commission.

Le parlement a manifesté la même indifférence sur la question, a déclaré Mme Pack. « Nous l’avions ajouté à l’ordre du jour, M+2, mais c’est tout ». « Il est vrai que le projet est un peu négligé ».

Il est difficile de juger si les objectifs de plurilinguisme sont réalistes, déclara Rick de Graaff, professeur d’enseignement bilingue à l’Université de Utrecht aux Pays Bas. La politique qui consiste à apprendre deux langues en plus de la langue maternelle « est importante en tant qu’objectif à long terme, mais elle a été définie seulement de façon très générale », a dit le professeur De Graaff. « Il n’y a pas de critères concrets ou de prescriptions minimales à l’intention des états membres. De quel niveau de compétences parlons-nous exactement ? »

Selon M.Abbott le point de référence le plus concret  proposé par la Commission Européenne est « qu’au moins 50% des adolescents de 15 ans puissent atteindre le niveau d’utilisateurs indépendants pour leur première langue vivante étrangère d’ici 2020, ». La commission a également encouragé les états membres à augmenter le ratio des élèves du premier cycle de l’enseignement secondaire apprenant une langue étrangère,  de 63% à 75%.

La commission est en train de négocier avec les états membres pour qu’ils adoptent ces points de référence. Cependant, « si l’on souhaite qu’une population entière parle couramment deux langues étrangères en plus, nous avons encore un long chemin à parcourir, » a soutenu le professeur De Graaff. « Il faudrait pour cela remanier le système éducatif. »

De modestes mesures sont prises dans certains états membres. Aux Pays Bas, une douzaine d’écoles primaires feront l’expérience  d’enseigner en anglais des disciplines qui ne sont pas des langues vivantes cet été en Août. Saarland, un état fédéral en Allemagne, souhaite devenir entièrement bilingue en français et en anglais d’ici 2043.

Milan Zver,  membre slovène du Parlement Européen et ancien ministre de l’éducation, dit observer « une évolution globalement positive » dans la diffusion de l’apprentissage des langues étrangères. Mais les changements de gouvernement peuvent constituer un obstacle quant à une perspective politique de long terme, a-t-il déclaré dans un courriel. Lorsque M. Zver était ministre de l’éducation en Slovénie, de 2004 à 2008, dans un gouvernement de centre droit, il a présenté un projet afin que l’apprentissage d’une seconde langue devienne obligatoire pour les enfants de 12 ans. « Lorsque le gouvernement de gauche a pris le pouvoir en 2008, il a supprimé l’apprentissage obligatoire d’une seconde langue étrangère », a-t-il ajouté.

Certains responsables politiques arguent du fait que l’Union Européenne ne devrait pas fixer de tels objectifs. « Ce genre de propositions est soutenu par des personnes qui rêvent d’une Europe unie », déclara Harry van Bommel, un membre du Parti Socialiste du Parlement hollandais. « Ces propositions sont vouées à l’échec ».

Alors que M. Van Bommel ne s’oppose pas à l’idée d’apprendre de nouvelles langues, il a affirmé que les responsables politiques devraient être plus réalistes.

« Le niveau de la langue maternelle est déjà assez bas aux Pays Bas ». « Et si votre langue maternelle est l’anglais, alors il est ridicule d’exiger l’apprentissage de deux langues additionnelles. » Dans la plupart des pays, l’anglais en tant que première langue étrangère est la norme actuelle.

« Durant les 10 dernières années, le nombre des pays européens où l’apprentissage de l’anglais est introduit dès l’âge de 6 ans a augmenté, » a souligné le professeur De Graaff.

Devant cette réalité, les locuteurs des langues autres que l’anglais essaient de protéger ou de renforcer leur présence dans les affaires et la culture européennes. Une récente exposition dans le bâtiment du Parlement Européen, organisée par Diogo Feio, un membre portugais, s’intitulait « Le potentiel économique de la langue portugaise. »

 

Afin de ne contrarier aucun membre --- sans oublier les nombreuses minorités ethniques de l’Europe --- l’Union européenne évite d’encourager une langue plutôt qu’une autre.

 

Traduction : Boutarfa Amina

Source : The New York Times

Article original : http://www.nytimes.com/2014/03/17/world/europe/eu-fights-to-get-everyone-speaking-same-language-on-education.html?_r=0