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Appels à communication ou projet 2019

Projet de création d’un matériel pédagogique à partir d’un album illustré pour enfants et de traduction de ce matériel dans des langues du monde (Appel à participation - Cendrine Touali – avril 2019)

Mis à jour : 26 Avr 2019

Pourquoi utiliser un album jeunesse pour enseigner le Français Langue de Scolarisation aux élèves allophones en Suisse ?

Cette question s’applique également aux autres pays francophones (France, Belgique, Québec) ou à des pays dont la langue d’enseignement est le français mais où les élèves parlent une langue locale ou un dialecte comme langue première.

Les élèves peu ou non francophones, de profils très hétérogènes, qu’ils soient migrants ou vivant dans des pays où la langue officielle/administrative est le français mais que la population parle diverses langues locales, doivent maîtriser le français comme langue de communication mais également l’apprendre pour parvenir à l’acquisition d’autres savoirs. On considère alors le français, langue apprise et utilisée à l’école, à la fois comme matière d’enseignement, comme vecteur des autres apprentissages scolaires et comme langue d’insertion dans le système scolaire.

De quoi disposent les enseignants pour faire acquérir ce français langue de scolarisation ?

Les méthodes de FLE (Français Langue Etrangère) sont souvent inadaptées aux élèves allophones par rapport à leur niveau scolaire, leur niveau langagier dans la langue à apprendre et à leur âge ; elles sont principalement destinées à des personnes vivant dans un pays étranger qui souhaitent apprendre le français dans leur pays d’origine ou de résidence. Malheureusement, elles ne tiennent pas toujours compte de la situation des enfants migrants devant s’intégrer dans une école d’un pays francophone qui est leur pays d’accueil ou de leur propre pays où la langue d’enseignement, de scolarisation est le français mais où il n’est pas leur langue première. Néanmoins, ces méthodes peuvent servir quand même de bons supports de manière temporaire si on les utilise pour aborder certaines notions. Elles ont l'avantage de fournir des activités structurées mais souvent en lien avec les attentes d'un public plus âgé.

L’idéal dans l’enseignement du FLSco (Français Langue de Scolarisation) aux élèves allophones migrants est de créer sur mesure des supports spécifiques à leurs besoins, attentes, niveaux, difficultés et ressources. Ou alors de s’approprier des supports non pédagogiques à l'origine mais pouvant servir de base à une entrée dans la langue orale et écrite ; c’est justement le cas des albums jeunesse, livres pour enfants avec des illustrations qui apportent du contexte et complètent le contenu langagier pour faciliter la compréhension.

La construction d’un tel support d’enseignement/apprentissage demande un travail important mais elle amène l’enseignant, le pédagogue, à se poser des questions sur les objectifs visés, à cibler les objectifs en fonction des besoins réels des élèves. Les méthodes de FLE ont pour faiblesse d'entraîner l'apprenant dans des schémas de pensées et de conceptualisation récurrents, qui, à terme, peuvent les empêcher de donner du sens à leur apprentissage. Elles ont également des références culturelles parfois très éloignées de celles de la culture d’origine des élèves.

La construction d'outils personnels reste donc l'idéal pédagogique mais pose forcément les limites de l'investissement et du temps à consacrer à la création des supports et activités. Pour fabriquer son propre matériel en l’absence d’un manuel spécifiquement conçu pour l’enseignement du français aux élèves allophones dans leur pays d’accueil, il faut être polyvalent et avoir des connaissances tant de l’enseignement/apprentissage du Français Langue Etrangère que de celui du Français Langue Maternelle (FLM). Face à ces élèves migrants allophones ou même face à ces enfants allophones originaires pourtant du pays dans lequel ils sont scolarisés, les enseignants restent souvent démunis car ces enfants ont des besoins langagiers énormes.

Souvent les méthodes de FLE utilisées en classe avec ces enfants sont centrées sur l’oral alors que les méthodes de FLM sont centrées sur l’écrit. Le fossé est grand entre les deux pour ces enfants qui se retrouvent très souvent en échec ou en difficultés scolaires. Les enfants allophones nouvellement arrivés dans le pays d’accueil francophone se heurte à des savoirs scolaires auxquels ils ne sont pas préparés et qu’ils doivent acquérir dans une langue qui leur est étrangère. Au-delà de l’apprentissage du français, ces élèves rencontrent d’autres obstacles, tels que ceux liés à la nouvelle culture scolaire ou encore aux représentations de l’écrit que véhicule leur culture d’origine.

Un album jeunesse permet donc de créer un très grand nombre d’activités pédagogiques et ludiques tout autour du contenu du livre, que ce soit sur les plans phonétique, lexical, grammatical, syntaxique, textuel et culturel. Il ne consiste pas seulement en un moyen d’apprendre ou de s’entraîner à lire mais un support pour travailler la langue orale et écrite sous tous ces aspects.