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Chroniques - humeurs

Morne et stupide publicité : Black Friday ou Jeudi Noir ?


Mis à jour : 30 Nov 2014

Depuis septembre, c'est une déferlante publicitaire. Nous avons eu la Paris Design Week (avec New York, Chicago, Los Angeles (qui se distingue avec Los Angeles Design Festival), Londres (qui se distingue avec London Design Festival), Bruxelles qui se distingue aussi avec Brussels Design September, Berlin, Moscou, Tokyo, Pékin, Shanghai , Barcelone (mais il existe aussi la Plataforma de diseño de producto - Product Design pour Barcelona, Madrid et Milan), puis nous eu avons eu la Paris Fashion Week (en compagnie des New York, Londres, Milan Fashion Weeks), mais il existe aussi Mode à Paris), ensuite la Paris Digital Week (mais aussi Nantes Digital Week, Bordeaux Digital Week), et encore la Paris Game Week, etc.

La liste n'est certainement pas exhaustive, mais on peut voir dans cette uniformité des appellations un double phénomène : la toute puissance des grandes agences de communication sur le marché de la publicité, et la concurrence féroce que se livrent les différentes métropoles qui aspirent à une certaine visibilité au niveau mondial dans leurs domaines d'excellence. On peut s'étonner de la faiblesse de la différenciation dans les messages (le remplacement de "Week" par "Festival" ne fait que traduire une différence dans la durée, le recours au mois appartenant à Bruxelles qui étale sa manifestation sur l'ensemble du mois de septembre), mais les métropoles n'ont rien à vendre d'autres que de l'uniformité, avec un message unique, monocorde, monotone, morne et triste, source incontestable d'économies d'échelle sur un vaste marché mondial moutonnier qui n'a rien à dire.

Sur le plan de l'expression, on peut critiquer "Paris Design Week" (on n'a pas encore songé à débaptiser le Mondial de l'automobile, la FIAC -Foire internationale d'art contemporain, le Festival d'Avignon, les Rencontres d'Arles de la photographie, Le Mois de la photo à Paris (mais aussi à Toulouse et Montréal) qui a aussi son off (mais aussi à Berlin où c'est la Monat der fotografie), Vélib, Autolib, le festival d'Angoulème de la bande dessinée, le Festival de Cannes, le festival du cinéma américain de Deauville, La Fête de la musique, la Fête de la science, Nuit Blanche, etc., voilà pour quelques manifestations francophones, mais nous avons dans le registre européen, avec déclinaison en 24 langues, la Journée européenne des langues, les journées européennes du patrimoine,  les journées européennes des métiers d'arts, les journées européennes de l'opéra, pardon pour tous les oublis, nous aimerions que nos amis d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne, de Roumanie, etc. complètent et mènent leur propre enquête), mais qu'on aime ou qu'on n'aime pas, avec Paris Design Week on comprend quand même le sens.

En revanche, pour "Black Friday" c'est tout autre chose. Personne ne sait ce qu'est le "Black Friday", qui vient de fleurir dans tous les messages publicitaires dans la presse, sur Internet et dans les mails qui saturent nos boîtes à lettres. Personne ne comprend le rôle du noir dans l'expression, car en l'occurrence, s'agissant du jour qui suit le Thanksgiving, journée de fête nationale étasunienne où tous les commerces sont fermés, les commerçants font une publicité d'enfer pour compenser une journée sans recette, et le noir en comptabilité signifie un résultat positif alors que le rouge est caractéristique d'un résultat négatif (les comptes sont "au rouge", c'est bien connu). Rien à voir donc avec la valeur symbolique en Occident du noir, qui, outre d'être la couleur du deuil, associé à un moment ou une journée particulière, est signe de malheur. La plus célèbre à cet égard de l'histoire qui fait sens est le "jeudi noir" (ou Black Thursday si vous préférez), celui du 24 octobre 1929, date du krach de Wall Street, et point de départ de la Grande Crise de 1929.
Amazon fait fort en faisant d'une journée une semaine. Mais la publicité éphémère avançant plus vite que la lumière, nous sommes aujourd'hui lundi 1er décembre, le Cyber Monday, donc demain ce sera le Cyber Tuesday ou le Giving Day. C'est tout simple.
On aime la publicité quand elle joue beaucoup sur les mots et sur l'humour. En l'occurrence, la publicité s'attaque au cerveau pour le transformer en pur réceptacle du non sens et pour déclencher des réflexes pavloviens face à toute sonorité anglo-saxonne. Inutile de comprendre, c'est en anglais ou plutôt en américain, donc c'est bon...

En bref, "on n'arrête pas la connerie !" (Jean Yanne)

Laissons la passer pour ce qu'elle est ...

L'OEP

Pour en savoir plus :

http://www.franceinfo.fr/emission/expliquez-nous/2014-2015/expliquez-nous-le-black-friday-28-11-2014-08-11

http://www.rtl.fr/actu/economie/black-friday-le-rituel-americain-fait-une-percee-en-france-7775624394

http://votreargent.lexpress.fr/consommation/black-friday-les-bons-plans-a-saisir-demain-chez-auchan-a-la-fnac-chez-casino-a-la-redoute_1626567.html

http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2014/11/27/les-commercants-se-lancent-dans-les-soldes-avant-noel_4529934_3234.html

http://www.20minutes.fr/tv/actus/145854-le-black-friday-arrive-en-france

http://www.huffingtonpost.fr/2014/11/29/black-friday-2014-bastons-magasins-shopping-videos_n_6240472.html

http://www.01net.com/editorial/634338/black-friday-decouvrez-les-bons-plans-de-la-redaction/