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Langues et travail

Dépêche de l'AEF sur le "droit de travailler en français"

Mis à jour : 12 Fév 2007

Avec l'aimable autorisation de l'AEF, nous reproduisons l'intégralité de la dépêche publiée par l'agence sur la conférence de presse du 8 février 2007 du Collectif pour le droit de travailler en français.

Dépêche n°74959
Paris, Vendredi 9 février 2007, 18:19:13

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Ligne directe: 01 53 10 39 42

Domaine : Ressources humaines

Rubrique : Conditions de travail

Le Collectif pour le droit de travailler en langue française dénonce "les effets discriminants de la suprématie de l'anglais dans le monde du travail"

"Nous demandons que soient créées des 'commissions de terminologie' dans les familles professionnelles et les entreprises privées, qui définissent de façon claire les mots employés, par exemple en ce qui concerne les métiers, de façon que chaque salarié comprenne la même chose sous un même mot", explique Jean-Loup Cuisiniez, délégué syndical CFTC à Axa Assistance et co-fondateur du "Collectif pour le droit de travailler en langue française en France". Ce collectif regroupe la confédération CFTC, le syndicat CGT Alcatel-Lucent, l'UDPA-UNSA Axa Tech, le SNB/CFE-CGC, la CFE-CGC Marchés financiers et les associations FFI (Forum francophone international) et ALF (Avenir de la langue française).         

Le collectif demande, d'autre part:    
- aux députés d'inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale la proposition de loi Marini-Legendre, votée au Sénat en novembre 2005, qui vise à renforcer et compléter la loi Toubon du 4 août 1994. Ce texte propose notamment de renforcer la garantie d'emploi du français au sein de l'entreprise et dans la communication avec les salariés (L'AEF du 15/11/2007, 58030).        
- "Un engagement clair, fort, cohérent et pérenne des responsables politiques pour assurer la primauté du français sur le territoire national et dans le monde du travail."         

"DISCRIMINATION" PAR L'ANGLAIS         

Selon Jean-Loup Cuisiniez, les conséquences de la "suprématie" de l'anglais dans le monde du travail peuvent se traduire par des "discriminations, un isolement, une marginalisation". "Celui qui ne comprend pas les messages ou les réunions en anglais n'ose pas le dire car c'est un aveu d'incompétence!", affirme le délégué syndical, qui cite l'exemple d'un technicien d'Air France de 45 ans "qui connaît son métier". Depuis la fusion avec KLM, ce salarié doit signer des bordereaux en anglais, langue qu'il ne comprend pas. "Je lui dis de ne pas les signer", explique Jean-Loup Cuisiniez. "Mais il craint qu'on le considère bientôt comme incompétent car il ne sait pas parler anglais."    

Autre exemple donné par le délégué syndical: celui des délocalisations. "Si la gestion de la paye est délocalisée en Roumanie ou en Inde, l'entreprise n'a pas d'obligation à vous faire parvenir les documents envoyés de ces pays en Français", explique-t-il.          

Le délégué syndical estime que l'anglais est en passe de devenir un "critère discriminant à l'embauche": "Parler une ou plusieurs autres langues que le français doit continuer d'être considéré comme un atout et le fait de ne pas parler de langue étrangère, en l'occurrence l'anglais, ne doit pas devenir un élément éliminatoire."         

CAS D'ENTREPRISES

"Il ne faut pas laisser s'installer le processus d'utilisation des mots anglais dans l'entreprise", déclare encore Jean-Loup Cuisiniez, qui donne l'exemple de l'ordre du jour d'un CCE (comité central d'entreprise) du groupe d'assurance Swisslife: "la moitié des mots était en anglais", par exemple: un "code de compliance", où il était question d' "officer", de "general council", de "group compliance officer". Les représentants du personnel ayant "protesté contre ce procédé", la direction "a retiré purement et simplement ce texte de l'ordre du jour", explique le collectif.           

Le collectif cite plusieurs cas d'utilisation jugée "abusive" de l'anglais dans l'entreprise: à Alcatel-Lucent, à Axa Tech, à la Société générale, dans le secteur financier, à Hewlett Packard, Colgate, Areva, Continental. "Mais la défense du plurilinguisme est encore souvent considérée aujourd'hui comme du nationalisme", regrette Jean-Loup Cuisiniez.           

Une audience doit avoir lieu le 9 mars prochain au TGI (Tribunal de grande instance) de Nanterre concernant des communications en anglais à destination des salariés d'Europ Assistance: un guide d'utilisation en anglais a tout d'abord été envoyé au service comptabilité en juin 2006, puis traduit à la demande de la délégation CFTC. "Quelques jours plus tard, une base de données internationale commerciale en anglais" est créée dans le groupe et "présentée à l'ensemble des utilisateurs avec un courriel en anglais", indique la CFTC. L'avocat de la CFTC, "après l'envoi de plusieurs courriers sans réponse de la société", a alors déposé un recours devant le TGI.        

Contact: Jean-Loup Cuisiniez, CFTC, 06 67 31 80 18, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.     

Lire aussi:     
- Un colloque sur "la maîtrise de la langue française en milieu professionnel" (L'AEF du 24/05/2005, 53174)
- La place de l'anglais dans les recrutements augmente (L'AEF du 11/04/2005, 52089)
- Le rapport d'évaluation de la politique en faveur du français de Hubert Astier, Inspecteur général de l'administration des affaires culturelles, est disponible sur le site du Ministère de la Culture à l'adresse: www.culture.gouv.fr/culture/actualites/rapports/astier/astier_rapport.rtf