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Le "franglais" : incoercible ?


Mis à jour : 25 Sep 2021

A écouter et réécouter sans modération

https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/le-franglais-incoercible, émission enregistré sur franceculture le 30 janvier 2021 (Établissement sur la promenade des Anglais à Nice.• Crédits : Getty)

On aligne au quotidien une multitude de mots venus tout droit d’Outre Atlantique et bousculant brutalement les nôtres. Le monde des affaires et de la publicité sont en première ligne au service de cette impérieuse pénétration. Quelle attitude convient-il d’adopter à la lumière de la longue durée ?

Il court, il court, le chagrin. Le français, notre langue, est-il voué à se trouver submergé par l’anglais – à moins qu’il faille dire l’américain ? 

Fameux paladin d’une résistance, René Étiemble, professeur à la Sorbonne, pourfendait déjà, dans les années soixante, ce qu’il avait intitulé avec éclat le « franglais ». Il dénonçait un « sabir atlantique » qui abîmait le français, qui aurait envahi et perverti son génie propre. Étiemble est mort à l’orée du XXIe siècle. Soixante ans après son combat, considérerait-il la bataille comme perdue ? Voilà bien une question qui mérite d’être considérée à nouveaux frais. 

On aligne sans peine, en effet, dans notre parler quotidien, une multitude de vocables et d’expressions venus tout droit d’Outre Atlantique, bruts de décoffrage, et bousculant brutalement les nôtres, d’une manière souvent absurde. Le monde des affaires comme celui de la publicité sont, complaisamment, en première ligne au service, de cette impérieuse pénétration. Tandis qu’Internet, bien sûr, joue aussi son rôle. 

Quelle attitude convient-il donc d’adopter, en termes civiques, à la lumière de la très longue durée ? L’indignation devant de lâches abandons touchant au cœur d’une identité, une indignation que portent si bien nos cousins du Québec, ou bien au contraire le rappel, résigné sinon allègre, que toutes les langues se sont toujours, d’âge en âge, mutuellement enrichies ? 

Nul mieux que mon invité Bernard Cerquiglini, linguiste hors de pair, n’était propre à accompagner une réflexion historique sur ce sujet qui est chez nous, de longue main, au centre de confrontations passionnées – légitimement passionnées. Il a été notamment délégué général à la langue française et aux langues de France et recteur de l’Agence universitaire de la francophonie. Et puis, il est membre de l’Oulipo, un lieu essentiel de tous les bonheurs langagiers.