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L'Estonie agrafée par Amnesty International


Mis à jour : 25 Mar 2007

"Estonie. La police de la langue obtient des pouvoirs de harcèlement accrus"

Dans un communiqué avec un titre très journalistique qui n'en reflète pas le contenu, Amnesty International met en cause certains aspects de la politique linguistique de l'Estonie.

Nous ne nous permettons pas juger de la situation d'un pays qui a vécu pendant près de trois siècles sous domination russe et dont la minorité russe représente un quart de la population.

A noter qu'Amnesty International ne conteste pas la légitimité de la politique d'intégration linguistique de l'Estonie, ni la législation estonienne dans son ensemble mais plutôt certaines ses modalités. Le communiqué se termine par : "Amnesty International demande instamment au gouvernement estonien de réexaminer les derniers amendements apportés à la Loi sur la langue et d'envisager une approche plus constructive de l'intégration linguistique, par exemple en proposant des cours d'estonien gratuits ou pris en charge pour tous, plutôt qu'en mettant en place des mesures répressives, punitives et en fin de compte, aliénantes, telles que celles employées par l'Inspectorat de la langue."

Par ailleurs, ce qui est plus particulièrement visé, ce sont les droits des travailleurs et le fait que les dispositions adoptées soient plus répressives et discriminatoires qu'incitatives.
 
La situation de l'Estonie n'est pas sans évoquer celle du Quebec . Toutefois, si l'on fait une comparaison avec la loi 101 du Québec, on observera que la loi 101 comporte surtout des obligations pour les employeurs et des protections pour les salariés. Par exemple l'article 45 dit ceci : "Il est interdit à un employeur de congédier, de mettre à pied, de rétrograder ou de déplacer un membre de son personnel pour la seule raison que ce dernier ne parle que le français ou qu'il ne connaît pas suffisamment une langue donnée autre que la langue officielle ou parce qu’il a exigé le respect d’un droit découlant des dispositions du présent chapitre."
Les contextes sont évidemment différents, mais les dispositions incriminées évoquent plus les méthodes qui étaient celles de l'ancien occupant, que celles d'un Etat démocratique et il est fortement à craindre qu'elles désservent les objectifs mêmes de la législation estonienne sur la langue .
 
La meilleure preuve en est que le titre même du communiqué d'Amnesty International, par l'effet bien connu de l'amalgame, est de nature à diffuser une image négative des luttes pour les droits linguistiques quand elles s'écartent de la conception anglosaxone qui les réduit et les identifie aux droits des minorités ethniques.