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5 victoires du plurilinguisme


Zuletzt aktualisiert: 29 Aug 2013

a. Le tout-anglais à l'Instituto Politecnico di Milano invalidé par la justice italienne

Au printemps 2012 l'Institut politecnico di Milano avait décidé de passer ses masters et doctorats tout en anglais au nom de l'internationalisation des études et de la compétitivité des universités italiennes.

Le tribunal administratif de Lombardie a conclu que la qualité des études ne dépend pas de l'adoption de l'anglais comme langue d'enseignement, que l'enseignement dans une seule langue étrangère ne peut être considéré comme une marque d'internationalisation et que cette dernière suppose à minima le non exclusion de la langue nationale comme langue d'enseignement.

Le tribunal a jugé également qu'en obligeant les enseignants à délivrer leur enseignement en anglais, l'Institut Politecnico imposait une contrainte démesurée par rapport à l'objectif recherché et avait porté atteinte à la liberté d'enseigner. Pareillement, le fait de ne pas offrir à tous les étudiants italiens les mêmes enseignements que ceux proposés en une langue étrangère constitue une atteinte au droit d'étudier, droit d'enseigner et droit d'étudier étant des droits constitutionnellement protégés.

b. L'Allemagne s'interroge sur les bienfaits de l'anglicisation de l'enseignement supérieur

Dans la course à l'anglicisation de l'enseignement supérieur, l'Allemagne avait pris quelques longueurs d'avance sur la France et l'Italie, sur la piste suivie depuis des décennies par les pays scandinaves et les Pays-Bas.

En fait, moins de 10% des formations de niveau master sont dispensés en anglais, soit à peine plus qu'en France aujourd'hui.

Pour autant, les universités allemandes prennent conscience des méfaits de cette politique.

La conséquence la plus immédiate est la mauvaise insertion des étudiants étrangers dans l'économie allemande qui, en raison du vieillissement accéléré de sa population, a besoin d'une immigration de haut niveau de qualification. Il est donc nécessaire d'imposer l'apprentissage de l'allemand et de réintroduire l'allemand comme langue d'enseignement dans les formations qui ont été développées 100 % en anglais depuis 10 ans en pure perte.

L'autre raison de donner un coup d'arrêt à l'anglicisation de l'enseignement supérieur et de la recherche est tout simplement la nécessité de sauvegarder la qualité de la recherche en Allemagne. Dans de nombreux domaines de recherche la connaissance de l'allemand est nécessaire. Par ailleurs, si l'on peut à la rigueur publier en anglais afin d'augmenter son nombre de lecteurs, cela ne veut pas dire que la recherche doive nécessairement se faire en anglais. La recherche dans sa propre langue, dès lors que celle-ci demeure capable d'exprimer toute la réalité scientifique, est une condition de la créativité scientifique.

c. L'anglais à l'Université en France : La loi Fioraso met en échec le lobby des grandes écoles

En retard d'une guerre sur ce plan, les grandes écoles, conduites par l'ancien président de la Conférence des grandes écoles, Pierre Tapie, se sont mises en têtes de rivaliser avec les universités et instituts allemands en développant des formations de niveau master et doctorat tout en anglais. L'objectif officiel était d'attirer des étudiants étrangers, notamment indien, chinois et coréen, motif fallacieux quand on sait que l'apprentissage du français s'est beaucoup développé dans ces pays dans les dernières années. Donc, les jeunes de ces pays non francophones ne rechignent pas à apprendre le français. La langue n'est donc pas un frein à l'accueil d'étudiants étrangers. Le vrai motif était surtout de légitimer les près de 700 formations entièrement en anglais, principalement des masters, mises en place en toute illégalité au regard de la loi Toubon.

Après les votes convergents de l'Assemblée nationale puis du Sénat, Les grandes écoles qui s'étaient engagées dans cette voie devront revoir leur politique et rendre leurs formations « partiellement en langue étrangère », et, lorsque les étudiants n'ont pas un niveau suffisant en français, elles devront probablement commencer leur cursus en anglais et le terminer en français, comme le propose Jacques Attali dans son dernier ouvrage Urgences françaises.

L'OEP pour sa part est favorable au développement de véritables cursus internationaux, sur le modèle de l'Université franco-allemande ou de l'Université franco-italienne.

d. L'exception culturelle victorieuse à Bruxelles

On croyait que depuis l'adoption en 2005 à l'unanimité, moins les États-Unis et Israël, par le Conférence générale de l'UNESCO de la « convention internationale sur la sauvegarde et la promotion de la diversité des expressions culturelles » que la culture et les biens culturels étaient définitivement considérés différemment des marchandises ordinaires et que les industries culturelles étaient définitivement à l'abri de l'OMC et du néolibéralisme.

Il n'en était rien, et les États-Unis ont à nouveau essayé de faire plier l'Europe dans la négociation en cours sur la zone de libre-échange Europe-États-Unis.

Le secteur principalement attaqué était le cinéma et l'audiovisuel, premier secteur exportateur pour les États-Unis.

Par chance, il existe aussi aux États-Unis des hommes de culture assez réaliste pour se rendre compte que la sauvegarde et la promotion de la diversité des expressions culturelles est un enjeu mondial majeur. C'est ainsi que Steven Spielberg président du festival de Cannes 2013 a défendu l'exception culturelle, signalant que plus de la moitié des films présentés avaient bénéficié de soutiens dans le cadre de coproductions de fonds européens et du système français, lequel n'est pas un système de subventionnement public, mais de financement de la création par les spectateurs eux-mêmes par la redevance sur les billets et par les opérateurs audiovisuels.

C'est ainsi, concrètement, que l'on défend la création et la qualité de la production cinématographique et audiovisuelle mondiale.

e. Le programme LRE, conduit par le British Council, prenant acte de la domination de la langue anglaise, conclut à la nécessité du multilinguisme et que les programmes européens soutiennent les actions réellement favorables à la diversité linguistique.

Le programme LRE (Language Rich Europe - L'Europe riche de ses langues), auquel l'OEP a participé, s'est achevé par la remise d'un rapport qui décrit la situation des langues en Europe, dans l'éducation, de la maternelle à l'université, dans les entreprises, dans l'audiovisuel et la presse, et dans les services publics.

Aucune étude d'une telle ampleur n'avait été menée auparavant. Cette étude a donc fait progresser la connaissance dans un domaine où règne beaucoup de préjugés et de clichés. Dans la séance finale à Bruxelles, le 25 mars 2013, les partenaires représentant dix-neuf pays, se sont entendus sur des recommandations adressées à la Commission européenne, consultables sur le site de LRE.