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Nous avons eu la grande tristesse


Zuletzt aktualisiert: 31 Dez 2013

 

Claire_GoyerwNous avons eu la grande tristesse d'apprendre le décès de Claire Goyer, présidente de DLF-Bruxelles-Europe et membre du Conseil d'administration de l'OEP.

Survenue brutalement, le 25 décembre, alors qu'elle était en pleine activité, sa disparition est une grande perte pour tous les acteurs de la diversité linguistique et de la langue française. L'OEP perd une fidèle et dynamique collaboratrice et une amie chère.

Au titre de ses réalisations les plus notables, on doit évoquer les débats qu'elle organisait deux fois par an à Bruxelles avec une grande compétence et beaucoup de pertinence dans le choix des thèmes. Citons les trois derniers : Le multilinguisme, ça marche ! Qui a peur de la diversité ? (3 décembre 2013); La diversité linguistique et la langue française sont-elles condamnées à reculer dans l'Union européenne ? (25 mars 2013); Y a d'la joie : Le succès de la chanson française, nouvelle génération (5 décembre 2012). Pour en savoir plus sur ce site, faites une recherche, mot clé "Infolettre".

Elle avait également ouvert un blog très combatif.

Enfin, elle a joué un rôle très actif dans le combat parlementaire qui a conduit au nouveau texte relatif à l'emploi du français et des langues étrangères dans l'éducation et l'enseignement supérieur en France.


Chers lectrices et lecteurs, nous sommes heureux de vous retrouver après une interruption de fonctionnement du site de l'OEP de plus d'un mois. La sécurité informatique n'est pas un vain mot et la piraterie informatique n'est pas une calamité qui n'arrive qu'aux autres.

Le site de l'OEP a été victime d'attaques particulièrement virulentes et répétées. Au final, nous avons changé d'hébergeur et dû opérer une lourde migration, en espérant compétence et réactivité.

L'actualité du plurilinguisme est riche si nous la mesurons au nombre de colloques et de séminaires, au nombre de publications et de conférences qui tournent autour de cette thématique...Il y a encore évidem-ment beaucoup de travail à faire pour changer les préjugés, pour bousculer les visions technicistes réduisant le langage à un simple outil de communication, aussi interchangeable qu'une enveloppe de smartphone.

Et c'est pourquoi, nous sommes heureux de vous livrer une lettre et un site avec des contenus toujours renouvelés, car le plurilinguisme et la diversité culturelle recouvrent des contenus immenses et, en rapide évolution, ils rencontrent des aspirations profondes qui sont en train faire reculer le monolinguisme et l'hégémonie linguistique et culturelle.

La diversité est un enjeu de civilisation absolument fondamental qui dépasse par ses implications ceux de la crise économique que traverse le monde occidental.

 


Editorial : Y-aurait-il du nouveau dans les entreprises en ce qui concerne les langues ?

Le monde de l'entreprise n'a pas besoin de symposium ni de manifestes pour évoluer. Ce sont de lentes évolutions marquées du sceau du réalisme et du pragmatisme.

Dans les années 80, on a assisté à une déferlante mondialisatrice, portée par l'idéologie libérale et par l'explosion du pouvoir financier dont le cœur est aux États-Unis.

 

Aujourd'hui, si les données techniques de cette nouvelle mondialisation - tout le monde sait que la mondialisation ne date pas d'aujourd'hui - sont bien présentes et incontournables, les équilibres mondiaux changent vite. Un monde multipolaire se met en place très rapidement, ce qui change la donne par rapport aux années 80. Un patron du groupe pharmaceutique Avantis, avant le rachat fusion par Sanofi, pouvait encore en 2001 déclarer qu'il fallait au groupe bâtir une culture d'entreprise autour de l'anglais1. Il n'est pas certain que pareille affirmation, qui semble déjà marquée d'anachronisme, puisse être aujourd'hui tenue de la même façon.

Par ailleurs, nous assistons à l'émergence d'une prise de conscience de l'importance du facteur culturel.

L'actualité nous en offre le spectacle permanent. Les conflits actuels ne sont pas que des questions d'empire, des enjeux de territoire ou d'accès aux matières premières, même si ces dimensions ne sont jamais absentes. Mais, sans adhérer au "choc des civilisations", ce sont la plupart du temps aussi des visions du monde, de la société, de l'homme dans la société, qui s'affrontent, pas toujours pour l'imposer à l'autre, mais souvent pour revendiquer un droit à vivre selon un mode de vie qui ne soit pas imposé de l'extérieur.

Ce qui veut dire que le libre marché des marchandises, des capitaux et des hommes, à seule fin que de maximisation - en réalité souvent illusoire - des profits, n'est pas un long fleuve tranquille. Il y a, pourrait-on dire, quelques rugosités, qui sont plus fortes que toutes les théories.

Attendu qu'elles travaillent avec des hommes et des femmes et pour des hommes et des femmes, la diversité culturelle et linguistique est un facteur dont il est impossible de ne pas tenir compte.

Et cela d'autant que les produits des entreprises sont, avec les progrès techniques et le développement économique et social, chargés d'un contenu culturel de plus en plus important. C'est le constat que dresse l'association Diversum (site en 14 langues) avec une double chaîne de conséquences : d'une part le respect par les entreprises de la dimension culturelle chez chaque individu qu'il soit travailleur ou client-consommateur; d'autre part la prise en considération de la culture comme une source de profit, ce qui est normal, l'entreprise a par construction pour but de faire du profit. A tous égards, la culture peut être, et est très souvent, un levier pour l'entreprise. Selon que l'entreprise produit des centraux téléphoniques ou des produits cosmétiques, selon qu'elle produit du pétrole ou qu'elle produit des biens purement culturels (4% du PIB en France, à égalité avec l'industrie automobile ou les télécommunications), il est clair que le modèle économique ne peut être le même. Les entreprises dont l'activité inclut une forte dimension culturelle ressortissent de l'économie mauve, qui, au même titre que l'économie verte, est une des dimensions du développement durable.

Quelques signes sont révélateurs d'une tendance :

  • Les Échos du 10 décembre 2013 publient une étude qui montre que la culture générale, sous toutes ses formes, monte en puissance dans les programmes de formation destinés aux managers.

  • En mai 2013, la CNUCED révélait l’ampleur des échanges de biens et services culturels au niveau mondial.

  • En mai 2013, au congrès international, organisé par l'UNESCO à Hangzhou (Chine), Irina Bokova, directrice générale de l'UNESCO, affirme que la culture est un pilier du développement durable.

  • Pascale Thumerelle, Directrice de la responsabilité sociétale d’entreprise de Vivendi, indique que la culture est à la base de la politique RSE du groupe depuis 2003.

  • Le projet européen CELAN, développé dans le cadre de la plate-forme pour le multilinguisme en entreprise (Business Platform), signifie "Réseau pour la compétitivité et l'emploi par des linguistiques". Son ambition est de fournir des moyens aux entreprises d'analyser leurs besoins linguistiques, de mieux connaître les ressources disponibles, et de définir des politiques linguistiques.

Les langues, perçues trop longtemps comme une entrave aux échanges, commencent à apparaître comme une ressource qu'il faut savoir utiliser pour le bénéfice individuel et collectif.

 

1 - Cité par Claude Truchot dans "Le traitement des langues dans les entreprises, Sociolinguistica 23/2009, p.5.