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Projecteurs sur l'éducation


Zuletzt aktualisiert: 13 Apr 2014

1) L'éducation se filme bien, ce n'est pas une nouveauté, un blog créé par une enseignante essaie d'être exhaustif, avec 123 films français et étrangers depuis Claudine à l'école (1937) à La Cour de Babel (2014) en passant par Les Risques du métiers (1967), Le Maître d'école (1981), Entre les murs (2008), Detachment (2012), At Berkeley (2014), mais avec une accélération dans les dernières années, entre 5 et 8 films par an depuis 2008.

Faut-il y voir un signe ? Peut-être, en tout cas, deux films importants dans les derniers mois, salués tant par les spectateurs que par la critique cinématographique : Sur le chemin de l'école et La Cour de Babel.

Ces deux films ont une particularité, qu'ils partagent avec Entre les murs, 2008 : ils ne touchent pas à l'école, ils ne prennent pas l'école pour cadre, ils traitent de l'école, de l'enfant, de l'élève, des parents et souvent aussi du parent (pas toujours la mère ou le père), du professeur, de l'institution et de l'éducation en général.

Selon qu'on est de droite ou de gauche, optimiste ou pessimiste, positif ou négatif, grincheux ou naturellement joyeux, réaliste ou utopiste, on y trouvera soit des représentations fidèles d'une certaine réalité, soit des expressions lénifiantes propices à la bonne conscience et à la légitimation des échecs et de l'inaction. Pour notre part, nous préférons prendre ces films pour ce qu'ils sont : ils montrent et sont une invitation à la réflexion.

2) Sur le chemin de l'école

Ce film fort et émouvant renvoie d'une belle manière le discours et la communication sur l'éducation développés par l'UNESCO et l'UNICEF depuis des décennies. Parallèlement, circule l'exposition photographique mondiale itinérante « Les chemins de l'école, contre vents et marées  » qui, lancée à Paris le 3 avril 2013 poursuivra son tour du monde jusqu'au 3 mai 2015.

Pour bien comprendre les tenants et aboutissants du film, faisons une petite incursion dans le programme Education pour tous adopté à Dakar en 2000 par l'UNICEF et l'UNESCO. Un des objectifs clés de ce programme était de faire en sorte que d’ici 2015 tous les enfants, notamment les filles, les enfants en difficulté et ceux appartenant à des minorités ethniques, aient la possibilité d’accéder à un enseignement primaire obligatoire et gratuit de qualité et de le suivre jusqu’à son terme.

Les objectifs ne seront probablement pas atteints. Cependant le rapport de suivi constate que « dans les régions en développement, le taux d'inscription d'enfants en âge d'école primaire est passé de 82% en 1999 à 90% en 2010... Des progrès manifestes ont été enregistrés dans les pays confrontés aux défis les plus grands: Asie de l'Est et du Sud-Est, Afrique Subsaharienne, par la réduction du taux d'enfants non scolarisés et par l'augmentation du taux d'inscription. » Pour les amateurs de statistiques, il y a de jolis graphiques à voir.

Ainsi dans Sur le chemin de l'école, c'est le magnifique courage de ces enfants qui de par le monde, dans des pays pauvres, franchissent parfois de longues distances et bravent les dangers pour rejoindre l'école. Sont également fortement soulignées l'importance du rôle des parents et la foi qu'ils placent dans l'école dont dépend l'avenir de leurs enfants. Le maître n'est pas absent, il est en toile de fond, telle une évidence indiscutable.

Impressionnante source de réflexion sinon de leçon pour nos esprits occidentaux tant les problématiques semblent différentes de celles de nos sociétés riches où nos enfants, bien souvent inconscients de la chance que représente l’école, trainent les pieds pour s’y rendre….

3) La Cour de Babel, c'est un peu l'envers occidental du film de Pascal Clisson.

Proposant une image véridique mais partielle du vécu de ces collégiens non francophones nouvellement arrivés en France dans ces classes d'accueil par lesquelles ils doivent passer, la vision encourageante et optimiste que nous donnent ces images fera plaisir à ceux qui ne demandent qu'à se rassurer et mécontentera ceux pour lesquels la réalité n'est jamais assez noire.

Le grand mérite de La Cour de Babel est de renvoyer naturellement à des problématiques dont l'interprétation est tout sauf évidente. D'où de possibles dérives d'interprétation.

4) 1ère dérive possible d'interprétation : l'association entre immigration et retard scolaire.

Le seul fait de fixer l'attention sur les enfants allophones nouvellement arrivés en France, selon la terminologie de Ministère de l'éducation nationale, peut susciter à tort une identification entre retard scolaire et immigration. Cette association a sa part de vérité mais doit être sérieusement nuancée. Contrairement aux idées reçues, l'immigration est stabilisée à un niveau assez bas, quasi incompressible, du moins pour la France, depuis une dizaine d'années. C'est ainsi que le nombre d'élèves de nationalité étrangère dans le second degré en France a été plus que divisé par deux entre 1995 et 2010. Dans le même temps, le niveau scolaire a également diminué. De 1997 à 2007, selon une étude du ministère, la proportion d’élèves en difficulté de lecture à l’entrée au collège est passée de 14,9 % à 19 %. La dégradation ne concerne pas les mécanismes de base de la lecture mais les compétences langagières, en particulier le vocabulaire et l’orthographe. Cette baisse est générale et importante dans le secteur de l’éducation prioritaire. Que les difficultés scolaires frappent plus fortement les enfants nouvellement arrivés dans le pays, c'est une certitude largement confirmée par les études PISA (voir plus loin dans cet article). En revanche, il n'y a aucune relation entre l'immigration et l'abaissement du niveau scolaire moyen, tel qu'on peut l'appréhender à travers la lecture en particulier. Les causes de l'abaissement du niveau sont donc ailleurs.

Identifier retard scolaire et immigration est ainsi sans fondement, d'autant que l'on sait bien qu'une partie de ces enfants des classes d'accueil seront mis sur le chemin de la réussite, tandis que d'autres auront sans doute beaucoup de mal à réaliser leur ambition. Quoi de plus banal, mais donner espoir, ambition, motivation, n'est-ce pas ouvrir des chances de réussite, ce qui est un résultat, et non des moindres.

5) Seconde erreur à éviter : réduire l'immigration aux « classes d'accueil ».

La « classe d'accueil » est un passage. L'immigration s'inscrit dans la durée.

Ainsi, pour la France, 70 % des immigrés (étrangers nés en France+étrangers nés à l'étranger+personnes nées étrangères à l'étranger ayant acquis la nationalité française) en France, y sont arrivés depuis plus de dix ans ; près de la moitié des immigrés est mariés avec une femme qui n'est pas originaire de leur pays ; plus d'un immigré sur deux arrivés depuis aue moins quinze ans est aujourd'hui français. 68 % des immigrés ont un bon ou un très bon niveau de français.

Mais si l'on veut embrasser le potentiel culturel que représentent les mouvements de population, il faut encore élargir le champ d'observation et inclure les descendants d'immigrés.